Accueil actualités régionales Dossiers locaux Média & sciences Les OGM L'énergie nucléaire Adresses utiles

Médecine quantique : approche innovante ou imposture ? Mésusage des termes.

Conférence donnée lors du colloque national du GEMPPI : « Quand la méditation et les croyances donnent prétexte à des dérives sectaires et thérapeutiques »  le samedi 1er octobre 2016 à l’Espace Ethique Méditerranéen - Hôpital de La Timone  -  Marseille


Intervention de Bertrand Jordan, directeur de recherche CNRS, biologiste moléculaire, doctorat de Physique des particules.


Le monde quantique… et notre monde de tous les jours

Le monde que décrit la mécanique quantique et plus largement la physique quantique est étrange.

Le temps n’est pas le même sur un objet (fusée) qui se déplace et sur un objet au repos (la Terre) : la relativité











S’il revenait sur terre après quelques années de voyage dans l’espace à une vitesse proche de la lumière, ce cosmonaute trouverait à son retour son frère jumeau beaucoup plus âgé que lui.


Quelques éléments descriptifs de la mécanique quantique.


Une particule (électron) est aussi une onde, une onde (lumière) est aussi une particule (photon) : dualité onde/particule

L’énergie d’une particule varie par sauts, pas de manière continue : les quanta

On ne peut pas connaître précisément à la fois vitesse et position d’une particule : la relation d’incertitude, constante d’Heisenberg,  Etc…


Notre intuition peine à saisir, à appréhender ce monde quantique.

Il est décrit par un formalisme mathématique qui ne correspond pas à une image mentale.

Il aboutit à de nombreux paradoxes : le chat de Schrödinger qui est à la fois vivant et mort tant qu’on n’a pas regardé dans la boîte, les particules intriquées pour lesquelles la révélation de l’état d’une particule détermine l’état de l’autre.

Pourtant la mécanique quantique décrit bien les phénomènes et fait des prévisions exactes.

Mais ce n’est pas un « autre monde »

A notre échelle la plupart des effets quantiques sont imperceptibles.

Dans notre monde les vitesses sont faibles, les masses importantes, le nombre d’atomes considérable.

La « mécanique quantique » redonne alors la mécanique classique qui en est une bonne approximation pour les phénomènes à notre échelle.


Quelques ordres de grandeur : vitesses, masses, nombres.


Les effets relativistes sont sensibles quand la vitesse de l’objet est proche de celle de la lumière.

Vitesse de la lumière (c) : 300 000 km/s.

Vitesse d’un Airbus : 0,3 km/s.

Les effets quantiques sont sensibles quand la masse de la particule est de l’ordre de celle d’un proton (ou inférieure).

Masse d’un proton : 10-24 g.

Masse d’une bactérie : 10-12 g, soit un million de millions de fois plus.

Nombre d’atomes dans un petit virus : environ un million.


Trois exemples :


1 - Effet de la relativité (ralentissement du temps sur l’objet en mouvement).

2 - Dualité Onde/Particule pour des objets « massifs ».

3 - Radioactivité : caractère aléatoire et prévisible.


La relativité


Pour une particule se déplaçant à 270 000 km/s (0,9 fois la vitesse de la lumière C), le temps est ralenti de moitié (57%). On l’observe aisément dans les expériences auprès des accélérateurs de particules (CERN).

















Pour un Airbus volant à 1000 km/h, le temps est ralenti de 0,0 000 000 001%, soit une différence de 0,025 microsecondes (millionièmes de seconde) sur un trajet de 6 heures entre Paris et New York.


Pour un satellite utilisé pour la cartographie GPS, se déplaçant à 14 000 km/h, le temps est ralenti de 0,000 000 02%, soit quelques microsecondes de décalage par heure. Compte tenu de la précision nécessaire pour les calculs, ce décalage n’est pas négligeable et il en est tenu compte dans les calculs aboutissant à une localisation.


Dualité Onde/Particule pour les objets massifs.


La lumière est à la fois onde et particule (photons)

C’est vrai aussi pour un électron, un proton, un noyau ou un atome (expérience de diffraction)
















Même si l’on envoie les électrons un par un vers les fentes, on observe une figure d’interférence avec des maxima et des minima.

Mais la longueur d’onde associée est proportionnelle à l’inverse de la masse de l’objet.

L’objet le plus lourd pour lequel on ait pu observer (difficilement) l’onde est une molécule de 60 atomes (C60).

On ne peut donc pas observer l’onde associée à une bactérie ou à une balle de tennis.

(la longueur d’onde associée est beaucoup trop petite). Seule leur nature corpusculaire est perceptible et mesurable.

La dualité onde/particule ne se manifeste qu’à l’échelle sub-atomique.


La radioactivité : aléatoire mais pourtant prévisible.


Carbone 12 (stable) : 6 protons, 6 neutrons.

Carbone 14: 6 protons, 8 neutrons, radioactif.


14C ---------> 14N + e- + neutrino.


         (6p, 8n)      (7p, 7n).


L’électron émis est ce qu’on appelle un rayonnement béta, facilement détectable par un compteur Geiger.


La période du 14C (temps au bout duquel la moitié des noyaux se seront désintégrés) est de 5730 ans. Pourtant on ne sait absolument pas quand un 14C va se désintégrer : qu’il soit nouvellement apparu, ou qu’il soit vieux d’un million d’années, il a exactement la même probabilité de se désintégrer dans l’heure qui suit.


On peut néanmoins calculer l’activité d’un échantillon.


Un microgramme de 14C représente 40 millions de milliards d’atomes.


En une seconde il s’en désintègre 150 000 : l’activité de l’échantillon est 150 000 becquerels (1 Becquerel = 1 désintégration par seconde).


Dans 5730 ans il en restera 20 millions de milliards.


Dans 11460 ans 10 millions de milliards…


Les calculs sont précis et fiables bien que chaque évènement soit aléatoire.

En résumé, les lois physiques (quantiques) sont universelles.

Leur version simplifiée (mécanique classique) est valable à notre échelle.

La plupart des effets quantiques n’ont pas de conséquence mesurable à notre échelle (sauf exception : un laser fonctionne en exploitant des effets quantiques au niveau des atomes du gaz qu’il contient).








Médecine quantique : approche innovante ou imposture ?


Mon exposé fait suite à celui de Bertrand Jordan qui a rappelé brièvement les contours scientifiques de la physique quantique et en quoi ses concepts, qui décrivent - souvent de façon contre-intuitive - le comportement des particules subatomiques, ne peuvent s’appliquer à notre échelle. Je me suis intéressé de mon côté, en évitant de me perdre dans la jungle luxuriante des pseudo-médecines, à la médecine quantique (MQ), qui de par son appellation fait référence à et tire sa légitimité de la physique du même nom.


N’ayant pas de compétence particulière dans ce domaine, et uniquement muni de mon esprit critique, ce fut l’occasion pour moi de mettre en forme ce que j’ai pu glaner au cours d’investigations virtuelles, via Internet, mais aussi de terrain à propos de l’une des pratiques relevant de la MQ, la Morathérapie. Derrière un titre quelque peu ironique dans sa formulation qui laisse entendre que la question (approche innovante ou imposture ?) mérite d’être posée, et alors que la réponse ne fait pas trop de doute si l’on est un tant soit peu rationnel, j’ai tenté d’apporter quelques éléments de réflexion.


Les fondements de cette pseudo-science qu’est la MQ sont déclinés sur de nombreux sites web - il suffit de taper « mécanique quantique » dans un moteur de recherche pour s’en convaincre - et dans divers ouvrages, tel le « B.A.-ba de la médecine quantique » (paru en 2007 aux éditions Pardes) d’un certain Jean-François Mazouaud, auteur d’autres B.A.-ba de concepts tout autant pseudo-scientifiques (psychogénéalogie, numérologie prédictive). Aux origines de la MQ, il est question d’un nouveau type de communication cellulaire, basé sur l’échange de biophotons, une entité définie par un biophysicien allemand (Fritz-Abert Popp) dans les années 70. Se référer à un scientifique, ayant un doctorat en physique théorique, est évidemment fort utile pour légitimer la scientificité de la MQ. De la cellule, on passe à l’organisme tout entier, justifiant une nouvelle médecine qui n’hésite pas à remettre en question des postulats qui seraient devenus caducs. Il serait ainsi temps de changer notre manière de voir les choses…


L’attrait pour la MQ reste bien vivant si l’on en juge par le dossier de la revue de l’IRRES (Institut de Recherche sur les Expériences Extraordinaires), Inexploré, du mois d’avril 2016, à propos de « La révolution quantique » (sous-titre : Libérons le potentiel de notre existence). Il est question des « vertiges de cette science révolutionnaire » qu’est la physique quantique et de nous aider « à révéler le potentiel qui se cache sous ses découvertes ». La référence à la physique quantique nous obligerait donc à « changer notre manière de percevoir le réel », sous-entendu le réel macroscopique, ce qui, comme l’a souligné Bertrand Jordan, est sans fondement.


Avec la MQ, nous avons affaire à un véritable processus « alchimique » où les concepts de la physique quantique qui concerne le monde des particules, et dont la compréhension –même partielle – demande un minimum de bagage scientifique, sont « métamorphosés »  en idées simples qui parlent au néophyte. Il suffit, par exemple, d’assimiler la  dualité corps-esprit, notion générale qui fait écho à la matérialité du corps et à l’énergie qui l’anime, à la dualité onde-corpuscule de la physique quantique (principe selon lequel les objets quantiques peuvent présenter à la fois des propriétés d’ondes et de corpuscules). Il s’ensuit une série de glissements sémantiques, où les mots n’ont plus le sens que lui attribue la physique. Ainsi, le simple mot « énergie » devient un concept fourre-tout recouvrant une réalité a priori tellement évidente pour tout un chacun qu’il n’est point besoin de l’expliciter. Le saut quantique des particules est quant à lui assimilé à un prosaïque changement de vie.

 

Derrière ce qui pourrait apparaître comme relevant de la simple vulgarisation, on  travesti les concepts de la physique quantique, de façon arbitraire, et on abuse aisément du public. Puisqu’il n’y a derrière le jargon de la MQ aucune étude scientifique sérieuse, on a affaire à un simple discours libre de toute contrainte que l’on peut aisément opposer à celui qu’utilise la Science.

 

La Science tient un discours qui peut être qualifié de réfutable au sens où l’a défini Karl Popper, philosophe des sciences (Logique de la découverte scientifique, titre original : Logik der Forschung, 1934). Qu’entend-t-on par-là ? En bref, une affirmation a un caractère scientifique si elle peut être réfutée, c’est-à-dire que l’on dispose des moyens expérimentaux pour la tester objectivement et éventuellement la contredire. Ainsi, l’existence de la dualité onde-corpuscule peut être démontrée au moyen d’un système expérimental relativement simple et connu depuis le XIXe siècle.

 

Au contraire, le discours des pseudo-sciences fonctionne sur un mode performatif, terme que l’on doit au philosophe anglais John Austin, ce que l’on peut résumer par Quand dire c'est faire, titre de la traduction de How to do things with Words (1955). Une énonciation est performative lorsqu'elle ne se borne pas à décrire un fait mais qu'elle « fait » elle-même quelque chose. Un exemple classique d'expression performative est la phrase « Je vous déclare mari et femme » que prononce le maire lors d'un mariage. La phrase fait changer les individus de statut : ils passent soudainement à l'état de mariés. Ainsi dans la MQ, comme dans toute pseudo-science, il suffit de décrire une notion pour justifier de son existence, sans aucun effort de démonstration expérimentale. Des affirmations comme « toute maladie vibre selon une certaine fréquence » où  la MQ « fait appel à l’intelligence du corps et de l’énergie qui l’anime » associent librement des mots sans plus de justification.

 

La légitimité usurpée de son discours performatif, la MQ le tient de sa filiation supposée avec la science physique orthodoxe. Cette validation s’exprime au travers d’un syllogisme sous-jacent où la MQ est un peu l’arbre dont les racines puisent dans le terreau de la respectable physique quantique. Les deux propositions initiales de ce syllogisme (les prémisses) : La physique quantique est une révolution scientifique et La médecine quantique en emprunte directement les concepts, conduisent implicitement à la conclusion : Donc la médecine quantique est scientifiquement prouvée.

 

Nous l’avons dit, un discours performatif ne s’embarrasse guère du mode d’acquisition des connaissances. Contrairement à l’accès aux données de la physique quantique qui exige un effort certain – sur le long terme - et l’usage de la raison, celui aux idées « révélées » - de façon immédiate - de la MQ se base sur une certaine crédulité, leur acceptation sans remise en question privilégiant l‘émotion. D’un côté, l’effort est récompensé et gratifiant car permettant d’accéder à des connaissances vérifiées, de l’autre, il est relativement facile de s’enivrer de croyances prêt-à-porter, un contraste qui caractérise l’opposition science/pseudo-science de façon générale. Si l’on pousse plus loin sur le terrain de l’enivrement, disons que la MQ à la couleur et le goût de la science, sans être de la science, et bénéficie ainsi d’un effet Canada dry qui satisfait au peu d’exigence cognitive de certains esprits candides. Facile, dans de telles conditions, de remplacer le langage de la physique quantique, fait d’équations inaccessibles, par de belles d’images mentales qui peuvent se décliner à l’infini sous la forme d’œuvres graphiques séduisantes qui « parlent » à notre imaginaire.


La MQ est souvent combinée à d’autres pseudo-médecines qui sont qualifiées d’informationnelle ou d’énergétique, formant une sorte de triumvirat conceptuel où les notions floues de quantique, énergie et information s’interpénètrent (la triade quantique/information/énergie est apparente sur différents sites web). La MQ est donc loin d’être  isolée et les affinités avec d’autres pseudo-médecines sont, de proche en proche, assez nombreuses, tissant un réseau d’affinités avec ces écoles et ces formations. Je me suis intéressé à deux d’entre elles, l’Ecole Française de Bioénergie Quantique et l’Ecole Européenne de l’Energie, localisées pas très loin de Marseille, dans le Vaucluse - à Caderousse – pour la première, dans le Gard -  à Villeneuve-lès-Avignon – pour la seconde.


L’Ecole Française de Bioénergie Quantique, qui s’annonce comme « l’école de référence pour un métier d’avenir » est associée à une autre entité, Planète Vérité, en écho au pseudonyme du fondateur : Yannick Vérité. Un patronyme dont on peut apprécier la fonction performative : comment un tel individu pourrait mentir ! Un coup d’œil à son parcours montre que ce dernier est un touche-à-tout qui évolue depuis longtemps dans le réseau des pseudo-médecines (où se mêlent, entre autres, décodage biologique, psychogénéalogie, naturopathie et hypnose spirituelle). Sa passion : l’approche quantique, sensée permettre de reconnecter l’individu à son « double de lumière » (la dualité onde-corpuscule n’est pas loin), appelé aussi « double quantique ». Selon Yannick Vérité « la physique quantique nous apprend que tout est information » et le saut quantique correspond à « changer sa ligne de vie ». Avec une mise en garde : « Dès qu’une approche est compliquée, c’est le mental qui interfère », qu’il est tentant d’interpréter comme une invitation à ne pas réfléchir !


Yannick Vérité consulte à domicile et à distance (!) et prodigue des formations. Difficile d’appréhender de façon rationnelle le descriptif du travail thérapeutique, incluant l’approche diagnostique : comprenne qui pourra ! Il est question de connexion et de nettoyage. L’on cherche vainement les concepts de la physique quantique qui semble se dissoudre dans un argumentaire pour le moins ésotérique. Les formations proposées s’appuient sur les « découvertes de la physique quantique » qui sont transposées « dans notre vie quotidienne ». Entre tradition et innovation, histoire de ratisser large, il est question d’une « technique innovante inspirée des plus grands guérisseurs », formule qui tient de l’oxymore. La science est invoquée au travers d’une phrase un peu sibylline que je vous laisse méditer : « La science nous prouve progressivement que rien n’est ce qui semble être ». En tout cas, si l’alchimie quantique a un réel pouvoir, c’est celui de transmuter des idées douteuses en argent, si l’on en juge par le montant du tarif des formations. Sans oublier un peu de prosélytisme lors d’opérations de communication, parfois cautionnées par des personnes médiatiques, comme Les rencontres de Prométhée, qui en 2014, sous l’intitulé Santé & conscience, ont eu l’honneur d’accueillir le Professeur Henri Joyeux.


L’Ecole Européenne de l’Energie : européenne, rien de moins, avec une citation d’un célèbre physicien (Nikola Tesla) en guise de préambule… pour souligner l’importance de la dimension énergétique des êtres humains dans leur environnement. Ceux qui tenteront de visualiser les bâtiments de cette école, que l’on imagine imposants au regard de son intitulé, en seront pour leur frais. Comme pour l’Ecole Française de Bioénergie Quantique, la montagne accouche d’une souris. La montagne, ce sont les pères fondateurs de la physique quantique invoqués dans une page introductive précisant que « la médecine énergétique est née des incroyables découvertes de la physique quantique ». On parle de révolution… copernicienne ! Des formations spécialisées sont proposées (MORA, notamment, voir plus loin) avec une « approche globale » où le mot quantique apparaît aux côtés de bioénergétique et métaphysique. Il est question de « se reconvertir en exerçant des métiers nouveaux et passionnants » tel que « bioénergéticien » ou « coach en énergie ». Quant à la localisation de l’ « école » elle ne doit rien au hasard, Avignon étant « une ville riche au niveau historique et énergétique ». La souris, c’est le fondateur et directeur, Didier Fournier, dont la qualité de bioénergéticien est certifiée par le Centre agréé ACMOS d’Avignon. Cela a la couleur  d’une reconnaissance officielle et sérieuse, à moins que l’on ne découvre la signification de l’acronyme ACMOS – Accord du Corps Matière aux Ondes Suprasensibles - qui laisse rêveur et fleure bon la dualité onde-corpuscule. La science est toujours en toile de fond sans oublier de l’associer à la médecine traditionnelle chinoise.


J’en profite pour faire un petit détour du côté de la Morathérapie, à titre d’exemple d’une approche pseudo-thérapeutique relevant de la MQ. Les syllabes Mo et Ra font référence aux premières lettres des concepteurs de la méthode, Franz Morel et Erich Rasche. L’aspect scientifique de celle-ci est souligné par l’utilisation de « nouvelles technologies basées sur l’électronique et l’informatique », ce qui se traduit par l’usage d’un appareil fatalement sophistiqué, l’appareil MORA, décliné en plusieurs modèles, assez coûteux, que l’on peut commander sur Internet.


Comment se déroule une séance de Morathérapie ? Selon un témoignage que j’ai pu recueillir d’une pratiquante assidue, elle débute par un diagnostic général effectué en plaçant des sondes en laiton sur différents points d’acupuncture, reliées à un appareil « de type Geiger », afin d’évaluer l’équilibre de divers organes. Les aiguilles de cadrans permettent de quantifier certains déséquilibres, lesquels peuvent être corrigés après prescription d’huiles essentielles. Des voyants lumineux affichent les « bandes de fréquence » correspondant à différents aspects (cancer, psychisme, bactéries, « microvirus », génétique). En cas de fréquence anormale, de l’eau de source est « irradiée » avec une « bande de fréquence inversée », produisant une solution thérapeutique, le morasol. Ainsi, l’appareil MORA a détecté chez mon interlocutrice, dans la partie « génétique », une bande de fréquence  trahissant un potentiel à déclarer un cancer de l’ovaire. Le « nettoyage » qui a suivi démontrerait tout l’intérêt de la morathérapie, celle de permettre la détection d’une maladie et d’y remédier avant qu’elle ne se manifeste.


Se déclarant cartésienne – pharmacienne de profession - et ouverte,  mon interlocutrice compte devenir à son tour morathérapeute, en se formant, avec d’autres, auprès de celui qui lui a prodigué ses « soins » durant pas moins de quinze années. Le formateur n’est pas un inconnu : médecin psychiatre, depuis peu à la retraite, il est l’auteur d’un livre Les nouvelles voies de la guérison psychique, au sous-titre évocateur : De la médecine chinoise à la médecine quantique.


En guise de bilan, nous avons pu constater que les promoteurs de la MQ recherchent une certaine légitimité scientifique. Incompétents en physique quantique, ils se contentent d’un « vernis » suffisant à contenter ceux qui leur sont acquis. Cela conduit à un travestissement de termes scientifiques (dualité onde-corpuscule, énergie,…) au sein d’un jargon (performatif) qui ne connaît guère de limite. Des écoles relevant de la MQ sont en apparence bien implantées (au moins sur le web) et s’adressent à un public relativement « éduqué » qui sans doute croit sincèrement au discours qui leur est distillé. Au-delà de cette vitrine qui entretient l’apparence de l’officiel, la pratique est exercée et transmise de façon officieuse, alimentant un business apparemment lucratif (appareillages, formations,…).


Pour finir, évoquons brièvement une nouvelle « tendance » liée à un terme récemment associé à la MQ : l’épigénétique. Sans entrer dans le détail, ni définir ce qu’est l’épigénétique, l’on peut simplement souligner que l’affinité de ce terme avec la MQ repose sans doute sur certains  parallèles. L’un comme l’autre correspondent à des champs scientifiques suffisamment « ésotériques » pour le grand public pour y trouver matière à des interprétations sans limites… « Prenez le contrôle de votre ADN » est-il déclaré sur un site web, tandis que sur un autre l’on peut lire : « les progrès scientifiques valident ce que les médecines ancestrales ont toujours soutenu ». Les mêmes ficelles semblent à l’œuvre. Ce que l’on peut résumer par : vous n’y comprenez rien (moi non plus) et c’est tant mieux ! Sous-entendu, pour vous manipuler…



Intervention de Christophe de la Roche Saint André, chercheur CNRS, Centre de Recherche en Cancérologie de Marseille, président de AFIS13.


Adhésion et abonnement à la revue de l’AFIS : cliquer sur l’image


Envoyer un message

Votre avis nous intéresse